
La résiliation massive de plus de cent baux au boulevard Carl-Vogt n'est pas qu'une affaire immobilière : c'est une déclaration de guerre contre la population genevoise. Derrière l'alibi de la rénovation écologique se cache une manœuvre de rendement brutale menée par la Caisse de pension de Bâle-Ville.
Pourtant, c’est exactement ainsi que la Caisse de pension du canton de Bâle-Ville semble considérer notre ville. En signifiant leur congé à plus de cent familles et commerçants du boulevard Carl-Vogt, ce propriétaire institutionnel vient de franchir la ligne rouge de la décence sociale.
L’excuse est devenue classique : la rénovation énergétique. Sous prétexte de verdir le parc immobilier, on vide les immeubles. On déracine des vies, on brise des commerces de proximité, pour mieux augmenter les loyers une fois les échafaudages retirés. Ce qui rend l’affaire révoltante, c’est l’identité du spéculateur. Qu'une caisse de droit public, censée garantir la prévoyance de fonctionnaires bâlois par des investissements sécurisés, vienne pratiquer àGenève un « nettoyage » de masse que sa propre législation cantonale interdit désormais chez elle, relève d’une hypocrisie sans nom. En 2020, ces immeuble sont été rachetés pour 128 millions de francs, un prix abusif. Aujourd'hui, ce sont les locataires genevois qui doivent payer la facture de ce surinvestissement.
Face à cette offensive, la passivité n’est plus une option. Le Conseil d’État, et particulièrement Nicolas Walder, et son département dispose avec la LDTR (Loi sur les démolitions, transformations et rénovations) d’un bouclier puissant. L'Union Populaire lui demande de bloquer toute autorisation qui ne garantirait pas le retour des locataires à des conditions de loyer identiques, y compris en organisant des rocades. Ces cent appartements le permettent. Si nous laissons faire Carl-Vogt, nous créons un précédent funeste. Nous acceptons que Genève devienne un dortoir pour investisseurs en quête de dividendes, où le bail n'est plus un contrat de vie, mais une variable d'ajustement comptable.
LaJonction est un quartier vivant, pas un actif financier. La résistance qui s'organise n'est pas seulement celle des habitants des numéros 35 à 43 ; c'est celle de tous les Genevois qui refusent depuis des années de voir leur ville se transformer en une cité sans âme, vidée de ses forces vives par une spéculation sauvage déguisée en vertu écologique. La Caisse de pension de Bâle-Ville doit renoncer ! Et les autorités doivent enfin montrer qu'à Genève, le droit au logement passe avant la spéculation immobilière. Et si le canton capitule, la Ville de Genève doit s'opposer à l'autorisation y compris en recourant contre la délivrance de l'autorisation cantonale comme je l'ai fait victorieusement pour sauvegarder les loyers bon marché au 36 rue de la Servette en 2015.
Rémy Pagani - 23 janvier 2026